Le Centre Käte Hamburger pour l’étude des pratiques culturelles de réparation (CURE) a le plaisir de présenter une nouvelle série : Reparationen, dirigée par Markus Messling et Christiane Solte-Gresser. La série parait chez Matthes & Seitz Berlin dans la collection d’essais : « Fröhliche Wissenschaft ».
Le point de départ de la série est la question suivante : comment réparer les destructions de notre monde ? Les génocides, les conséquences du colonialisme, les traumatismes de guerre, la disparition de langues ou d’espèces ou encore le réchauffement climatique sont irréparables. Quelle que soit l’importance des efforts matériels et juridiques de réparation consentis en vue de compenser les injustices, ils ne sauraient suffire à construire une perspective d’avenir commun. Les pratiques culturelles de réparation témoignent d’un travail complexe et polyphonique avec l’irréparable, dans lequel sont débattues les possibilités d’un vivre-ensemble futur. Repenser et redéfinir à travers elle la relation au monde, telle est la tâche de l’Europe.
La collection « Fröhliche Wissenschaft » se présente sous la forme pratique d’essais qui synthétisent des pensées profondes, des réflexions et des méditations complexes.
PREMIER VOLUME DE LA COLLECTION :
Markus Messling : Kulturtod une Reparation : Der Fall Champollion.
Fröhliche Wissenschaft 267
Collection Reparationen, vol. 1 (dir. Markus Messling et Christiane Solte-Gresser)
La traduction française de l’essai est en cours.
Le programme iconographique à l’origine de la statue de Jean-François Champollion dans la cour d’honneur du Collège de France par Frédéric-Auguste Bartholdi est fondé sur une contradiction. Conçu comme un monument héroïque érigé à la volonté de savoir, il pèse sur lui dans le même temps une ombre tragique. Champollion, célèbre pour avoir décrypté les hiéroglyphes, vécut une expérience mémorable en rencontrant les Amérindiens Osages à Paris, ainsi que pendant son voyage en Égypte, où il fut témoin de la désintégration sociale causée par le colonialisme. Cette expérience est restée intimement liée à cette conscience du monde à laquelle il devait son ascension et sa gloire. Le doute de Champollion et ses actions soulèvent des questions dont Markus Messling fait le point de départ d’une réflexion sur les fondements sociaux de l’Europe contemporaine.
« Markus Messling pose une question essentielle : comment, face au monde actuel, devons-nous nous représenter la forme de l’universalisme en tant que mesure éthique, perspective épistémologique, et projet politique ? L’universalité, souligne-t-il, est l’énigme à laquelle nous ne pouvons pas renoncer. Selon Messling, la statue de Champollion, créée par Bartholdi, est une allégorie des Lumières, un témoin du mal impérial et un monument à la jonction du savoir et du doute. Il montre ainsi que seule une conception de l’universalisme comme une vertu tragique peut nous préparer de manière adéquate aux obligations et responsabilités de notre époque. »
— David Scott (Columbia University)
Markus Messling est professeur à l’université de la Sarre, titulaire de la chaire de littérature romane et comparée et d’études culturelles et directeur du Centre Käte Hamburger pour l’étude des pratiques culturelles de la réparation (CURE).
