Ce projet a pour ambition d’élaborer une recherche philosophique consacrée à la production littéraire et artistique née de la guerre en Syrie, envisagée à travers le prisme du corps. Il s’articule autour de deux objectifs complémentaires. Le premier consiste à interroger ces créations à l’épreuve de l’irréparable, en les appréhendant comme des puissances d’agir. Il s’agit de penser leur capacité à ouvrir des espaces de pensée et de survivance là où le réel paraît définitivement clos par la violence, l’œuvre devenant alors un laboratoire d’expérimentation du possible. Le second vise à développer une pensée phénoménologique du corps à partir de l’apport théorique propre à ces œuvres. La violence extrême y soumet le corps à des épreuves d’une radicalité que les cadres phénoménologiques classiques ont parfois laissée dans l’ombre. En surgissent des configurations complexes qui ébranlent nos appréhensions ordinaires du corps, et que ce projet entreprend de penser sous le concept de « déchirure ».
NIBRAS CHEHAYED
CURRICULUM VITAE
Formé d’abord à l’architecture à l’Université de Damas, Nibras Chehayed s’est ensuite consacré à la philosophie, tout en s’impliquant dans des projets sociaux et culturels. Son travail, à la croisée de la réflexion théorique et de l’expérience, s’est construit autour du nihilisme dans ses déclinaisons tant politiques qu’existentielles, et de la manière dont il affecte les réalités premières que sont le monde, le temps, la mort et le corps. Sa thèse, soutenue à l’ENS-Ulm, portait sur l’étrangeté du corps, analysée à travers Nietzsche et Derrida. Ses recherches se sont depuis ancrées dans des contextes historiques et géographiques marqués par l’oppression et la guerre, au contact des formes extrêmes de la violence : la torture, les disparitions forcées, la déshumanisation, l’anéantissement. De cette confrontation naît une démarche philosophique incarnée, qui prend pour point de départ le corps dans ses situations-limites.